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Ne laissons pas notre défense aux autres !

Edito du directeur exécutif sur la polémique italienne de la semaine

Les internets sont en pleine surchauffe depuis quelques jours après les propos du vice-premier ministre italien du Luigi Di Maio sur le rôle de la France en Afrique.

Luigi di Maio, 32 ans, du Mouvement 5 Etoiles ( M5S) , qui officie en tant que ministre du développement économique, du travail et des politiques sociales y est allé directement d’une rude intervention qui a suscité l’ire de la diplomatie française : « La France ralentit le développement de certains pays africains » ou « L'Union Européenne devrait imposer des sanctions à la France et à tous les pays comme la France qui appauvrissent l'Afrique et obligent ces gens à partir, parce que les Africains devraient être en Afrique, et non au fond de la Méditerranée» et pour finir « Si les gens partent aujourd'hui, c'est parce que les pays européens, la France surtout, n'ont jamais cessé de coloniser des dizaines de pays africains ».

Conspuant pêle-mêle le franc CFA, les relations diplomatiques entre la France et l’Afrique, l’Union Européenne, le sort des migrants, la colonisation, l’homme politique du mouvement antisystème M5S s’est livré à une attaque en règle contre la France.

Spontanément, sur les réseaux sociaux et dans la presse africaine, sur le continent et au-delà, il s’est trouvé d’enfiévrés relais des propos du ministre italien, avec des commentaires élogieux sur cette personnalité européenne qui dit tout haut ce que pensent tout bas de nombreux politiques africains.

Soit ! Le message de cette charge a largement ravi les cercles de pensée en Afrique qui militent légitimement pour la souveraineté du continent et les indépendances réelles des pays africains.

Bien sûr, nous devons nous interroger sur la teneur du message et relever avec pertinence plusieurs aspects approuvés par tous les progressistes africains : la réforme du franc CFA ou simplement son remplacement par une monnaie authentiquement africaine, la mainmise de multinationales françaises sur les ressources naturelles et minières du continent avec la complicité de potentats locaux, l’abandon de la jeunesse contrainte de traverser les océans pour un hypothétique eldorado occidental.

Mais, a-t-on regardé de près le porteur de message avant d’applaudir le message ?

Le ministre italien est issu d’un mouvement, supposément de gauche, mais qui s’est rapidement fondu en parti xénophobe, raciste et néo-fasciste qui se sert de la crise migratoire pour déverser torrents de haine sur les Noirs et Arabes d’Afrique qui échouent sur les côtes italiennes.

Son message, ne nous trompons pas, n’est ni une faveur, ni un soutien à l’Afrique !

Il ne fait aucunement preuve de générosité et de compréhension sur le sous-développement que connait largement le continent. Avec Matteo Salvini, vice-président du Conseil et ministre de l’Intérieur italien, ils sont en guerre ouverte contre le président français Emmanuel Macron et l’échéance des élections européennes se précipitant, ils redoublent furieusement de diatribes anti-hexagonales.

Avec leurs alliés xénophobes français, ils se servent de l’Afrique pour conquérir l’Europe ! Ne nous laissons pas endormir ! S’ils souhaitent se livrer une guerre politique entre eux, avec la France ou pas, c’est bien leur bon droit ! Qu’ils le fassent avec ardeur mais en n’instrumentalisant pas l’Afrique et les Africains !

Le destin des peuples africains mérite mieux et ne doit pas servir d’estrade pour des visées populistes, réactionnaires et racistes.

Mais le message de Luigi di Maio aurait-il eu plus d’impact politique et de résonance médiatique s’il avait été tenu par un politique africain ou un militant panafricaniste ?

D’emblée, disons-le, la charge du dirigeant du M5S – aujourd’hui plébiscité sur la toile- a souvent fait l’objet de distorsions et de banalisation quand un Africain partageait le même constat de la relation corrompue entre les élites africaines et françaises.

Quand un opposant africain ou une association des droits de l’homme dénonce les travers de la Françafrique et de la colonisation de fait (malgré les indépendances nominales), un vent de contestations internes et de protestations françaises vient balayer une réalité pourtant palpable.

Donc, levons-nous pour rompre cette relation mortifère qui vide le continent de ses ressources minières et naturelles au profit d’une puissance, elle-même en déclin, et en quête de croissance économique !

Oui, agissons en symbiose avec celles et ceux qui en France, au Cameroun, au Gabon, au Bénin, au Burundi, en Algérie, souhaitent avancer pour la justice internationale, la restauration de la démocratie, le développement économique, le progrès social, la protection de la planète, la cause des femmes et des enfants !

Mais, ayons la lucidité de constater que le retard de l’Afrique n’est pas qu’une création exogène : nous devons admettre, collectivement et individuellement, que nous avons notre part de responsabilité et donc cette capacité à relever l’Afrique du gouffre dans lequel quantité inqualifiable de dictateurs, kleptocrates d’Etat, corrupteurs et corrompus des deux rives, mercenaires et affairistes, seigneurs de guerre et marchands d’armes l’ont plongée depuis si longtemps.

Ne laissons pas aux autres la faculté de nous défendre ; ils ne le feront jamais mieux que nous ! Ils le feront avec des objectifs mesquins et méprisables. Luigi di Maio et Matteo Salvini sont des ennemis des causes africaines et ne méritent pas notre salut, mais plutôt notre mépris le plus fondamental !

Les élites africaines ne sont pas dupes du rôle nocif des gouvernements africains avec la bénédiction des pouvoirs français pour mater toute résistance et faire éclore de nouvelles générations de femmes et hommes indépendants et panafricanistes. Et c’est à elles que revient la mission de remettre les choses à leur place, par la concertation ou à marche forcée.

Une fois encore, le récit africain ne doit pas être cédé aux agents du pire. Il appartient à toutes celles et ceux qui souhaitent voir émerger une véritable conscience africaine et des actions de développement et de souveraineté réelle.

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